MONDE INFO

MONDE INFO
Monde Info - Centre d'analyses en ligne

lundi 23 avril 2007

USA/Moyent-Orient

Les « fuites », reprises dans la presse internationale, quant à une intervention militaire américaine contre l’Iran, ces « fuites » renvoient aux risques de guerre. Depuis la fin de la Guerre froide, les services secrets ne s’étaient plus livrés à des « opérations intox » d’une telle ampleur. Dans ce contexte imprévisible, les USA subissent-ils un passage à vide ? ou sont-ils, tout simplement, sur le déclin ? Car vouloir frapper l’Iran, tout en continuant de s’enliser en Irak ; voilà qui passe, aux yeux de certains analystes, pour une escalade désespérée. Et pour un échec de l’influence américaine au Proche et au Moyen Orient. Mais qu’en est-il vraiment ?

Voyons un peu les principaux événements de ces derniers mois. Depuis les élections parlementaires américaines de novembre 2006, l’opposition démocrate est majoritaire à la Chambre des Représentants (53%) et au Sénat (51%). Cela dit, la politique étrangère américaine, reste, le domaine réservé, du Président républicain Georges W. Bush. Or, celui-ci et une partie de son entourage, n’excluent pas, un bombardement, des centrales nucléaires iraniennes, avant les élections présidentielles américaines en 2008. En mars dernier, les parlementaires américains adoptent un projet de loi qui relie, d’une part, l’attribution de 124 milliards de dollars additionnels (pour financer la guerre en Irak) et l’envoi de 30'000 soldats supplémentaires ; à d’autre part, un retrait des troupes américaines, en 2008. Le jour même de l’adoption de ce projet de loi, le président Bush annonce son veto. Depuis, la moitié des 30'000 soldats supplémentaires sont en Irak et tentent de sécuriser Bagdad. A titre indicatif, il y avait déjà 140'000 soldats américains en Irak. Les guerres en Afghanistan, depuis 2001, et en Irak, depuis 2003, coûtent 10 milliards de dollars par mois. Le budget annuel du département américain de la défense se monte à 440 milliards de dollars (1). Si les Américains sont divisés sur la politique à suivre (2), les Irakiens le sont encore d’avantage. Fin mars, 74% des Irakiens déclarent ne pas se sentir en sécurité dans leur propre quartier. Et 78% des Irakiens déclarent être opposés à la présence de troupes étrangères (3). L’actuelle tentative de sécuriser Bagdad, commencée mi-février, et renforcée par les 30'000 soldats américains supplémentaires, ne devrait pas porter de fruits avant juin prochain. D’ici-là, il semble donc hasardeux de parler de passage à vide ou de déclin américain. Cela dit, pour l’instant, la situation reste assez catastrophique. Le 12 avril, un kamikaze se fait exploser dans la cafétéria du Parlement irakien, tuant deux députés. Le même jour, une explosion, fait sauter, le principal pont sur le Tigre, reliant l’est et l’ouest de Bagdad. Le 16 avril, six ministres chiites (adeptes de l’imam radical Moqtada al-Sadr réfugié en Iran) démissionnent du gouvernement. Motif : le Premier ministre Maliki, lui aussi chiite, refuse de fixer un calendrier de départ des troupes américaines. Le 18 avril, des attentats sunnites tuent près de 200 personnes à Bagdad, en secteur chiite. Voilà pour l’Irak. Qu’en est-il de l’Iran ?
A ce stade, la menace, d’une intervention militaire américaine, n’intimide pas l’Iran. Le 13 mars, lors d’une session de la Conférence du désarmement, à Genève, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, traite Israël de « régime sioniste détenant de sombres records de crimes ». Le 15 mars, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, déclare que le Conseil de Sécurité de l’ONU (qui prévoit de nouvelles sanctions contre l’Iran du fait que celui-ci enrichit de l’uranium), n’a « aucune légitimité ». Le 21 mars, le guide suprême de la révolution islamique iranienne, l’ayatollah Ali Khameni, d’une part, annonce que l’Iran poursuit l’enrichissement d’uranium ; et d’autre part, menace les USA de représailles en cas d’attaque américaine. Le 23 mars, les forces navales des gardiens de la révolution iranienne, prennent en otages, quinze militaires britanniques, dans les eaux territoriales irakiennes. Cela se produit la vielle de l’adoption, par le Conseil de Sécurité de l’ONU, de sanctions plus lourdes contre l’Iran (toujours en raison de son programme nucléaire). Le 5 avril, l’Iran libère les quinze otages britanniques. A quoi rime cette histoire d’otages ? En fait, un commando américain capture, le 11 janvier, cinq officiels iraniens, en Irak, dans la ville kurde d’Arbil. Le but majeur de l’opération commando n’est toutefois pas atteint, à savoir la capture de deux officiers supérieurs du renseignement iranien. Les Américains, récupèrent aussi, un des anciens hauts responsables des gardiens de la révolution, un général iranien qui fait défection en mars, depuis la Turquie. La comédie iranienne, avec les otages britanniques, arrêtés puis relâchés, s’inscrit dans cette guerre secrète entre l’Iran et les USA (4). Le 10 avril, l’Iran, annonce, la planification de 50'000 centrifugeuses, dans le cadre de son passage à l’enrichissement, (désormais à l’échelle industrielle) de l’uranium. A titre indicatif, 3'000 centrifugeuses permettent d’obtenir, suffisamment d’uranium enrichi pour une bombe nucléaire, en l’espace de six à douze mois.
En résumé et en conclusion, il est prématuré de parler passage à vide ou de déclin américain au Proche et au Moyen Orient. L’Iran des ayatollahs prépare la guerre. Le régime iranien prévoit la dernière grande bataille avant la Fin des Temps en 2009. Un vent de folie souffle sur Téhéran.

Miguel Garroté

(1) Voir l’hebdommadaire britannique The Economist, du 31 mars 2007, pp. 49-50.

(2) 70% des Américains ne soutiennent plus la guerre selon un sondage diffusé par CNN mi-mars.

(3) Sondage diffusé, le 19 mars 2007, par la British Broadcasting Corporation (BBC) et l’American Broadcasting Corporation (ABC News).

(4) Voir le quotidien britannique The Independent, du 3 avril 2007, investigation de Patrick Cockburn, intitulée “The botched US raid that led to the hostage crisis” et l’hebdommadaire français Valeurs Actuelles du 6 avril 2007, article intitulé « Le jeu risqué de Téhéran ».
USA : passage à vide ou déclin ?

Les « fuites », reprises dans la presse internationale, quant à une intervention militaire américaine contre l’Iran, ces « fuites » renvoient aux risques de guerre. Depuis la fin de la Guerre froide, les services secrets ne s’étaient plus livrés à des « opérations intox » d’une telle ampleur. Dans ce contexte imprévisible, les USA subissent-ils un passage à vide ? ou sont-ils, tout simplement, sur le déclin ? Car vouloir frapper l’Iran, tout en continuant de s’enliser en Irak ; voilà qui passe, aux yeux de certains analystes, pour une escalade désespérée. Et pour un échec de l’influence américaine au Proche et au Moyen Orient. Mais qu’en est-il vraiment ?

Voyons un peu les principaux événements de ces derniers mois. Depuis les élections parlementaires américaines de novembre 2006, l’opposition démocrate est majoritaire à la Chambre des Représentants (53%) et au Sénat (51%). Cela dit, la politique étrangère américaine, reste, le domaine réservé, du Président républicain Georges W. Bush. Or, celui-ci et une partie de son entourage, n’excluent pas, un bombardement, des centrales nucléaires iraniennes, avant les élections présidentielles américaines en 2008. En mars dernier, les parlementaires américains adoptent un projet de loi qui relie, d’une part, l’attribution de 124 milliards de dollars additionnels (pour financer la guerre en Irak) et l’envoi de 30'000 soldats supplémentaires ; à d’autre part, un retrait des troupes américaines, en 2008. Le jour même de l’adoption de ce projet de loi, le président Bush annonce son veto. Depuis, la moitié des 30'000 soldats supplémentaires sont en Irak et tentent de sécuriser Bagdad. A titre indicatif, il y avait déjà 140'000 soldats américains en Irak. Les guerres en Afghanistan, depuis 2001, et en Irak, depuis 2003, coûtent 10 milliards de dollars par mois. Le budget annuel du département américain de la défense se monte à 440 milliards de dollars (1). Si les Américains sont divisés sur la politique à suivre (2), les Irakiens le sont encore d’avantage. Fin mars, 74% des Irakiens déclarent ne pas se sentir en sécurité dans leur propre quartier. Et 78% des Irakiens déclarent être opposés à la présence de troupes étrangères (3). L’actuelle tentative de sécuriser Bagdad, commencée mi-février, et renforcée par les 30'000 soldats américains supplémentaires, ne devrait pas porter de fruits avant juin prochain. D’ici-là, il semble donc hasardeux de parler de passage à vide ou de déclin américain. Cela dit, pour l’instant, la situation reste assez catastrophique. Le 12 avril, un kamikaze se fait exploser dans la cafétéria du Parlement irakien, tuant deux députés. Le même jour, une explosion, fait sauter, le principal pont sur le Tigre, reliant l’est et l’ouest de Bagdad. Le 16 avril, six ministres chiites (adeptes de l’imam radical Moqtada al-Sadr réfugié en Iran) démissionnent du gouvernement. Motif : le Premier ministre Maliki, lui aussi chiite, refuse de fixer un calendrier de départ des troupes américaines. Le 18 avril, des attentats sunnites tuent près de 200 personnes à Bagdad, en secteur chiite. Voilà pour l’Irak. Qu’en est-il de l’Iran ?
A ce stade, la menace, d’une intervention militaire américaine, n’intimide pas l’Iran. Le 13 mars, lors d’une session de la Conférence du désarmement, à Genève, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, traite Israël de « régime sioniste détenant de sombres records de crimes ». Le 15 mars, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, déclare que le Conseil de Sécurité de l’ONU (qui prévoit de nouvelles sanctions contre l’Iran du fait que celui-ci enrichit de l’uranium), n’a « aucune légitimité ». Le 21 mars, le guide suprême de la révolution islamique iranienne, l’ayatollah Ali Khameni, d’une part, annonce que l’Iran poursuit l’enrichissement d’uranium ; et d’autre part, menace les USA de représailles en cas d’attaque américaine. Le 23 mars, les forces navales des gardiens de la révolution iranienne, prennent en otages, quinze militaires britanniques, dans les eaux territoriales irakiennes. Cela se produit la vielle de l’adoption, par le Conseil de Sécurité de l’ONU, de sanctions plus lourdes contre l’Iran (toujours en raison de son programme nucléaire). Le 5 avril, l’Iran libère les quinze otages britanniques. A quoi rime cette histoire d’otages ? En fait, un commando américain capture, le 11 janvier, cinq officiels iraniens, en Irak, dans la ville kurde d’Arbil. Le but majeur de l’opération commando n’est toutefois pas atteint, à savoir la capture de deux officiers supérieurs du renseignement iranien. Les Américains, récupèrent aussi, un des anciens hauts responsables des gardiens de la révolution, un général iranien qui fait défection en mars, depuis la Turquie. La comédie iranienne, avec les otages britanniques, arrêtés puis relâchés, s’inscrit dans cette guerre secrète entre l’Iran et les USA (4). Le 10 avril, l’Iran, annonce, la planification de 50'000 centrifugeuses, dans le cadre de son passage à l’enrichissement, (désormais à l’échelle industrielle) de l’uranium. A titre indicatif, 3'000 centrifugeuses permettent d’obtenir, suffisament d’uranium enrichi pour une bombe nucléaire, en l’espace de six à douze mois.
En résumé et en conclusion, il est prématuré de parler passage à vide ou de déclin américain au Proche et au Moyen Orient. L’Iran des ayatollahs prépare la guerre. Le régime iranien prévoit la dernière grande bataille avant la Fin des Temps en 2009. Un vent de folie souffle sur Téhéran.

Miguel Garroté

(1) Voir l’hebdomadaire britannique The Economist, du 31 mars 2007, pp. 49-50.

(2) 70% des Américains ne soutiennent plus la guerre selon un sondage diffusé par CNN mi-mars.

(3) Sondage diffusé, le 19 mars 2007, par la British Broadcasting Corporation (BBC) et l’American Broadcasting Corporation (ABC News).

(4) Voir le quotidien britannique The Independent, du 3 avril 2007, investigation de Patrick Cockburn, intitulée “The botched US raid that led to the hostage crisis” et l’hebdommadaire français Valeurs Actuelles du 6 avril 2007, article intitulé « Le jeu risqué de Téhéran ».

mercredi 18 avril 2007

Les « fuites », reprises dans la presse internationale, quant à une intervention militaire américaine contre l’Iran, ces « fuites » renvoient aux risques de guerre. Depuis la fin de la Guerre froide, les services secrets ne s’étaient plus livrés à des « opérations intox » d’une telle ampleur. Dans ce contexte imprévisible, les USA subissent un passage à vide ; ou s’ils sont, tout simplement, sur le déclin. Car vouloir frapper l’Iran, tout en continuant de s’enliser en Irak ; voilà qui passe, aux yeux de certains analystes, pour une escalade désespérée. Et pour un échec de l’influence américaine au Proche et au Moyen Orient. Mais qu’en est-il vraiment ?

Voyons un peu les principaux événements de ces derniers mois. Depuis les élections parlementaires américaines de novembre 2006, l’opposition démocrate est majoritaire à la Chambre des Représentants (53%) et au Sénat (51%). Cela dit, la politique étrangère américaine, reste, le domaine réservé, du Président républicain Georges W. Bush. Or, celui-ci et une partie de son entourage, n’excluent pas, un bombardement, des centrales nucléaires iraniennes, avant les élections présidentielles américaines en 2008. En mars dernier, les parlementaires américains adoptaient un projet de loi qui relie, d’une part, l’attribution de 124 milliards de dollars additionnels (pour financer la guerre en Irak) et l’envoi de 30'000 soldats supplémentaires ; à d’autre part, un retrait des troupes américaines, en 2008. Le jour même de l’adoption de ce projet de loi, le président Bush annonçait son veto. Depuis, la moitié des 30'000 soldats supplémentaires sont en Irak et tentent de sécuriser Bagdad. A titre indicatif, il y avait déjà 140'000 soldats américains en Irak. Les guerres en Afghanistan, depuis 2001, et en Irak, depuis 2003, coûtent 10 milliards de dollars par mois. Le budget annuel du département américain de la défense se monte à 440 milliards de dollars. Si les Américains sont divisés sur la politique à suivre, les Irakiens le sont encore d’avantage. Fin mars, 74% des Irakiens déclaraient ne pas se sentir en sécurité dans leur propre quartier. Et 78% des Irakiens déclaraient être opposés à la présence de troupes étrangères. L’actuelle tentative de sécuriser Bagdad (commencée mi-février), avec l’aide des 30'000 soldats américains supplémentaires, ne devrait pas porter de fruits avant juin prochain. Pour l’istant, la situation reste assez catastrophique. Le 12 avril, un kamikaze s’est fait exploser dans la cafétéria du Parlement irakien, tuant deux députés. Le même jour, une explosion faisait sauter le principal pont sur le Tigre reliant l’est et l’ouest de Bagdad. Le 16 avril, six ministres chiites (adeptes de l’imam radical Moqtada al-Sadr réfugié en Iran) démisionnaient du gouvernement. Motif : le Premier ministre chiite Maliki a refusé de fixer un calendrier de départ des troupes américaines.

Les USA ont aussi considérablement augmenté, leur flotte de guerre, dans le Golfe persique. A ce stade, rien ne permet de parler de déclin américain. Les rumeurs d'une frappe contre l'Iran, cet été 2007, se poursuivent...

1- Moyen-Orient / 2- France


Moyen-Orient

Il est aujourd’hui impossible de suivre l’actualité internationale, sans aborder le thème de l’Iran en particulier ; ainsi que le thème du Proche et du Moyen Orient en général. Car les événements qui se déroulent dans ces régions impliquent les grandes puissances (notamment les USA, la Russie et la Chine) et donc l’avenir de notre monde.

Voyons un peu l’Iran. Le 16 décembre 2006, la chaîne radiotélévisée britannique BBC News (1), rappelle, une conférence, qui s’était tenue le 25 octobre 2005, sous le titre « Le monde sans le sionisme ». Il s’agissait d’une conférence organisée par l’Iran, à Téhéran, capitale de ce pays, sous les hospices du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, à l’époque fraîchement élu. Cette conférence remettait en cause l’existence de la Shoah. Parmi les délégués à cette conférence, il y avait les négationnistes les plus connus du monde ; notamment l’Australien Frederick Töben, condamné à la prison en Allemagne pour incitation à la haine et insulte à la mémoire des morts ; les Français Robert Faurisson et Georges Theil, condamnés en France pour négationnisme ; l’Américain David Duke, ancien dirigeant du Ku Klux Klan.

De plus, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, dit et répète, en public, depuis début 2006, qu’il faut « rayer Israël de la carte » (2). En outre, l’Iran, en désaccord avec l’ONU et l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, produit de l’uranium enrichi, officiellement à des fins civiles. Mais le discours du régime iranien, sur les Juifs et sur Israël, fait redouter la fabrication d’armes nucléaires ; et leur utilisation contre l’Etat hébreu.

En clair, ce qui inquiète, ce ne sont pas les centrales nucléaires iraniennes en tant que telles. Ce qui inquiète, depuis 2006, c’est l’addition de trois éléments : 1- l’enrichissement d’uranium ; 2- la partie cachée du programme nucléaire iranien ; 3- le discours iranien pour le moins menaçant envers Israël.

Pour résumer, on peut dire que jusqu’en octobre 2005, le programme nucléaire iranien, en soit, n’effrayait pas grand monde. Mais que les propos tenus depuis fin 2005 et, surtout, en 2006 et au premier trimestre 2007, par le régime de Téhéran, donnent une autre dimension aux ambitions nucléaires iraniennes. La question fondamentale est maintenant : les USA et/ou Israël vont-ils intervenir militairement contre l’Iran ?

La chronologie des événements (de décembre 2006 à mars 2007) donne un début de réponse à cette question. Le 23 décembre 2006, le Conseil de Sécurité de l’ONU (qui inclut notamment les USA, la Russie et la Chine) vote des sanctions contre l’Iran et lui donne jusqu’au 21 février 2007 pour suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium. Or, au 21 février, l’Iran continue d’enrichir de l’uranium ; et le directeur général de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) présente un nouveau rapport sur les activités nucléaires iraniennes. Le rapport affirme que l’Iran pourrait être en mesure d’enrichir de l’uranium à une échelle industrielle dans un délai de six mois (3). Le 25 février, l’Iran envoie sa première fusée spatiale sur orbite, porteuse de matériels fabriqués par les ministères iraniens de la Défense et de la Science. Le 26 février, le ministre russe de la Défense, Sergueï Lavrov, s’inquiète publiquement, à Londres, d’une éventuelle attaque militaire américaine contre l’Iran. Le même jour, le très sérieux journaliste américain Seymour Hersh (4) révèle l’existence d’un plan d’attaque de l’Iran au Pentagone (ministère américain de la Défense). Le 3 mars dernier, les USA, la Chine, la Russie, la France, la Grande-Bretagne (membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU) et l’Allemagne ne parviennent pas à se mettre d’accord sur de nouvelles sanctions contre l’Iran. La Russie notamment, veut pouvoir continuer à vendre des armes à l’Iran. Le 10 mars, dans un climat d’attentats sans fin, sept millions de pèlerins chiites, irakiens notamment, se déplacent, beaucoup à pied, vers la ville irakienne de Kerbala, pour commémorer la fête l’imam chiite Hussein, tué en l’an 680. Ce même 10 mars, se tient à Bagdad, une conférence internationale, visant à calmer la violence en Irak. Mais les attentats en série se poursuivent avant, pendant et après la conférence. Le 12 mars, l’Iran met en circulation un nouveau billet de banque comportant (en guise de symbole de l’enrichissement d’uranium) des électrons tournant autour d’un noyau. Voilà pour la chronologie des événements de décembre 2006 à mars 2007.

Depuis début 2007, diverses études, sur le nucléaire iranien et sur une possible frappe américaine et/ou israélienne, circulent. Le chercheur britannique Frank Barnaby, de l’Oxford Research Group (5) reconnaît que l’Iran peut fabriquer un engin nucléaire en quelques mois. Les analystes américains Michael Rubin et Anthony Cordesman (6) estiment que le risque de conflit avec l’Iran n’a jamais été aussi élevé ; et que l’Iran veut l’arme nucléaire.

Les USA déploient, depuis janvier dernier, une diplomatie tous azimuts en vue de calmer la situation, notamment dans les Territoires palestiniens, en Israël, au Liban et en Irak. Ces efforts diplomatiques éveillent des espoirs de paix.

En revanche, les « fuites », reprises dans la presse internationale, quant à une intervention militaire contre l’Iran, ces « fuites » renvoient plutôt aux risques de guerre (cf. les sources citées ci-dessous). Depuis le temps de la Guerre froide, les services secrets ne s’étaient plus livrés à des opérations info d’une telle ampleur. Affaire à suivre.

Miguel Garroté

(1) Cf. British Broadcasting Corporation,16 décembre 2006 ; traduction française disponible sur La Paix Maintenant .

(2) Cf. “Mobilize now”, de Natan Sharansky, dans le Jerusalem Post du 11 février 2007 ; et “If Iran gets the bomb”, de Caroline Glick, dans le Jerusalem Post du 1er mars 2007.

(3) Cf. l’interview de Mohamed El-Baradeï, directeur de l’AIEA, parue le 20 février 2007 dans le Financial Times de Londres.

(4) Cf. les investigations de Seymour Hersh sur ce sujet dans le New Yorker des 14 août 2006, 27 novembre 2006, 26 février 2007 et 5 mars 2007.

(5) Cf. “Understanding Iran’s nuclear programme
and the possible consequences
of a military strike”
Oxford Research Group,
56 - 64 Leonard Street
UK-London, EC2A 4LT.

(6) Cf. Anthony Cordesman du Center for Strategic and International Studies et Michael Rubin du American Enterprise Institute (cités dans The Economist de Londres, édition du 3 mars 2007, page 44).


Présidentielles en France

Le premier tour des élections présidentielles françaises aura lieu le 22 de ce mois. Le second tour de ces élections se tiendra le 6 mai. Pour valider leur candidature, les prétendants à la fonction présidentielle devaient remettre, au Conseil constitutionnel, jusqu’au 16 mars dernier, les signatures de 500 élus, locaux ou nationaux, à titre de parrainage. C’est désormais chose faite, y compris pour Jean-Marie Le Pen, du Front National et Philippe de Villiers, de la droite conservatrice.

Depuis fin février, Nicolas Sarkozy (droite UMP) et Ségolène Royal (gauche socialiste) ne sont plus certains de s’affronter au second tour. En effet, un certain François Bayrou est venu s’interposer dans la mêlée. Président de l’UDF (l’UMP étant présidée par Sarkozy), le centriste François Bayrou n’a cessé de grimper dans les sondages depuis plus d’un mois. Le 1er mars, F. Bayrou était crédité de 18% des voix au premier tour (32% pour N. Sarkozy et 25% pour S. Royal). Le 5 mars, F. Bayrou passait de 18% à 20% (pour le premier tour) selon les estimations de vote. Dans les sondages du 9 mars, il atteignait 24% des intentions de vote au premier tour et remportait le second tour. A l’UMP et au parti socialiste, c’était la panique : Bayrou président ! Pour tout arranger, on apprenait, au même moment, que plus d’un quart des Français ne comptent pas voter. Et que plus de 40% de ceux qui comptent voter n’ont pas encore fait leur choix. Le 10 mars, les sondages donnaient F. Bayrou gagnant contre S. Royal au premier tour ; et gagnant contre N. Sarkozy au second tour. Pour comble, une enquête publiée le 13 mars, révélait que selon 79% des Français, F. Bayrou est celui qui mène le mieux sa campagne électorale.

François Bayrou, qui êtes-vous ? Le candidat centriste fut ministre de l’éducation, dans le gouvernement (de droite) du Premier ministre Edouard Balladur, de 1993 à 1995. Comment et pourquoi F. Bayrou s’est-il hissé au top des sondages en si peu de temps ?

Primo, Bayrou a attendu que Ségo et Sarko dévoilent leurs programmes avant de présenter le sien. Ce qui lui a permis d’annoncer des mesures moins coûteuses que les deux challengers. Les Français ont été sensibles a cet aspect purement matériel.

Secundo, Bayrou ne s’est pas comporté comme celui qui « de toute façon va gagner ». Ségo l’a fait en novembre 2006. Elle s’est ramassé une méga claque en janvier 2007. Sarko s’est cru vainqueur en janvier et février derniers. Il s’est pris un sacré bouillon en mars. La morale de cette histoire, c’est que les Français ne supportent pas que les instituts de sondages et les médias décident, avant l’échéance électorale et à la place des électeurs, quel (elle) candidat (e) sera président (e).
Tertio, les Français en ont raz le bol de devoir, depuis plus de quarante ans, obligatoirement choisir entre la droite et la gauche, au second tour. C’est la raison pour laquelle le deuxième tour 2002 avait vu s’affronter Chirac et Le Pen. Cependant, la partie est loin d’être gagnée pour Bayrou.

Comment cette campagne, typiquement française, est-elle perçue par les observateurs étrangers ? Dans L’Express du 1er mars dernier, Eric Pape, correspondant à Paris de l’hebdomadaire américain Newsweek, déclarait notamment : « …la campagne commence à peine. Les Français ne sont pas décidés (…) les présidentiables représentent une nouvelle génération d’élus, plus jeunes, moins connus, et peut-être aussi moins expérimentés (…) cette situation inédite explique les fluctuations dans les sondages et tout peut basculer au dernier instant (…) Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (…) sont tous les deux des initiés qui font semblant de ne pas l’être (…) les électeurs français choisissent toujours l’option la moins évidente. Chaque fois que l’on pressent quelqu’un, il perd! (…) la France a besoin d'être reconstruite, et les électeurs l’ont compris (…) les candidats principaux ont tous à peu près le même discours : "Le monde vous menace". (…) tous prônent un capitalisme plus humain (…) la communication brouille les frontières entre les différents partis politiques, il n’y a plus de repères ».

Selon un sondage de l’agence de presse britannique Reuters, du 16 mars, 65% des Français sont pour un gouvernement d'union, avec des personnalités de bords politiques différents et rassemblées sur un projet commun. Or, Le candidat centriste François Bayrou a justement promis, en cas de victoire à la présidentielle, de former un gouvernement d'union, avec des personnalités de gauche et de droite.

Le 17 mars, un sondage donnait, à nouveau, N. Sarkozy futur président. Globalement, depuis novembre 2006, c’est lui qui s’est le plus souvent retrouvé en tête des sondages.
Au-delà des sondages et articles, tout se jouera le 22 de ce mois et le 6 mai, lorsque les Français, dans le secret de l’isoloir, glisseront leur bulletin de vote dans l’urne. Depuis 1962, la présidentielle se joue au suffrage universel. C’est le peuple souverain qui décide. Les candidats feraient bien de s’en souvenir.

Miguel Garroté